Le poids de son silence

Gabriel aura 2 ans dans un peu plus d’un mois.
Il me ravit tous les jours. Il est rieur, coquin, intelligent, joueur, gourmand, sportif, gentil, câlin, … Un vrai p’tit mec 😉
G rit Il est aussi assez en avance, physiquement parlant, sur son âge. Les gens l’imaginent donc toujours plus âgé qu’il n’est réellement. Ce qui rend les commentaires toujours plus rudes.
Car Gabriel ne parle pas.

Les rares fois où j’ai abordé le sujet, d’autres parents essayaient de me rassurer “le mien aussi, il dit juste papa, maman, chat, bibi, doudou, …”.
C’était très gentil de leur part, mais ça m’inquiétait d’avantage car mon fils ne dit rien… du tout.
J’attends toujours mon premier vrai “maman” (j’accepterai même des mots ressemblants 😉 ).

Cela me tracasse depuis plusieurs mois déjà car je l’ai malheureusement comparé aux autres enfants de son âge que nous connaissons. Ils disent tous plusieurs mots voire même des petites phrases.
Je me suis remise en question. Qu’est-ce que j’ai loupé ? 🙁
Je suis pourtant une grande bavarde. Je parle même toute seule de temps en temps 😉 et je lui parle surtout à lui à longueur de journée. Gabriel a beaucoup de livres et adore les histoires. Mais pour le moment, les seuls sons qui sortent de sa bouche sont les bruits des animaux “miaou”, “ouf ouf”, “meuh”, … (vous avez compris !).

Et un jour, alors que je m’étais interdit ce genre de recherches sur internet, je suis tombée sans le vouloir sur une affiche pour reconnaître les symptômes de l’autisme qui circulait sur instagram. Dans la liste, il y avait le retard de langage. J’ai donc commencé à craindre ce mot.

Heureusement, nous sommes bien entourés et ma famille et mes amies m’ont rassurée : Gabriel ne parle certes pas, mais il communique à sa manière (il fait beaucoup de gestes pour se faire comprendre) et il est très sociable (il va vite vers les autres, même les inconnus, sans avoir peur).

Et j’ai finalement parlé de mes craintes à mon pédiatre. Il a été très à l’écoute et très rassurant comme toujours.
Il m’a confirmé être quasiment sûr à 99% que son retard n’était pas inquiétant : Gabriel a fait toutes ses dents, a bien grandi, … durant ses derniers mois. Mais pour rayer de la liste toute cause, il a prescrit à mon fils un bilan auditif à l’hôpital pour enfants de Nice.
Même si je préférerais ne pas avoir à y retourner, j’ai toujours eu de bonnes expériences dans cet hôpital (je vous en avais parlé ici entre autres).

G à LenvalRésultat : tout était normal, Gabriel entend très bien, même des sons très faibles que je n’avais moi-même pas décelés !
Cette conclusion m’a donc apaisée, même si je n’avais pas trop d’inquiétudes sur une possible surdité.

Parmi les conseils que nous avons reçus du pédiatre, de l’ORL et d’une copine orthophoniste, il faut continuer à lui parler et à lui lire des histoires, et quand il nous montre un objet, il faut le nommer en articulant et répéter ce mot 2 ou 3 fois de suite dans une phrase différente (par exemple : “c’est le ya-ourt”, “il est bon le ya-ourt”, “le ya-ourt va dans le frigo”). Il faut avouer que tout ça n’est pas très naturel, mais on s’y fait vite 😉
Cependant, tout le monde convient qu’être quelques heures par semaine en collectivité l’aiderait beaucoup à faire des progrès…

Le hic c’est que Gabriel est inscrit depuis un an déjà sur les listes d’attente pour 1 ou 2 demi-journées par semaine, mais sans résultat 🙁
J’ai donc décidé de prendre les choses en main et de contacter le Maire de Nice, M. Estrosi, pour lui faire part de mes difficultés. J’ai été agréablement surprise de recevoir mois d’une semaine plus tard une réponse dans ma boîte aux lettres : il allait se rapprocher de la Direction de la Petite Enfance pour comprendre ce qui se passait. Et quelques jours ensuite, je recevais une lettre de la Directrice de la Petite Enfance de la ville qui me signifiait que j’avais été radiée au mois de janvier de la liste d’attente pour une erreur de mail 🙁
En effet, tous les 2 ou 3 ou 4 mois (il y a un calendrier pas du tout logique pour ça), tous les parents de la liste d’attente doivent envoyer un mail confirmant qu’ils veulent toujours leur place avec le numéro d’inscription. Sauf que je me suis trompée, ça arrive à tout le monde pourtant, mais la punition est sans appel : il faut tout reprendre à zéro.

J’ai donc pris rendez-vous pour une nouvelle inscription, c’était hier.
J’ai rencontré la même personne que la première fois, sauf que cette fois-ci, je lui ai parlé du retard de langage de Gabriel et qu’une place lui serait réellement bénéfique et que je ne pouvais pas attendre encore un an et qu’il aille à l’école. Mais elle était complètement fermée au dialogue … à part pour me demander
“mais pourquoi n’avez-vous pas fait une demande spéciale ?
– … ? spéciale ?
– oui une demande pour enfant handicapé !”
Je lui ai expliqué calmement que mon fils n’était pas handicapé, mais elle ne m’entendait pas. Elle a continué en me demandant s’il était bien suivi par un médecin. Je l’ai rassurée à ce sujet, mais je l’ai sentie moyennement convaincue.
Ben oui 2 ans sans parler = autisme = établissement spécialisé = mauvaise mère, c’est bien connu !
Les larmes me montaient aux yeux, j’étais dégoûtée, écœurée, je ne l’écoutais plus vraiment.
Je l’ai entendu mentionner “atelier de parole pour parents pour parler de mes problèmes”, … puis je suis repartie complètement perdue.

Je ne demande pourtant pas la lune, non ?

Mon petit ange a heureusement choisi d’apaiser ma peine de ces derniers jours en se décidant à dire un premier mot, il dit “coco”… ok ça ne veut pas dire grand chose mais pour nous ça veut dire beaucoup 😉
On est entrain de tenter de transformer le “coco” en “coucou” pour qu’il puisse le dire quotidiennement en guise de bonjour.
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